Là où le haut désert vous apprend à marcher lentement
Par Sidonie Morel
Un autre commencement
Leh se situe à 3 500 mètres, et la première leçon arrive avant même que le sentier ne commence. L’air est sec, presque granuleux. Le linge laissé dehors se raidit, au soleil comme à l’ombre. Une bouilloire met plus longtemps à frémir. Vous montez un seul escalier de maison d’hôtes et vous remarquez que votre souffle s’est raccourci. Pour beaucoup de voyageurs européens, c’est le véritable seuil : pas un col, pas une photo de sommet, mais l’ajustement silencieux à l’altitude et à l’espace.
Quand on recherche des treks faciles pour débutants au Ladakh, on imagine souvent une difficulté mesurée en pourcentages de pente et en kilomètres. Ici, l’échelle est différente. Les chemins sont rarement techniques. Il n’y a pas de cordes fixes, pas de crampons requis en été. Ce qui définit un premier trek, c’est la patience — la douceur avec laquelle vous laissez le corps comprendre la hauteur, la sécheresse, et les longues distances entre les villages.
L’acclimatation n’a rien d’un rituel spectaculaire. C’est une journée passée à marcher lentement dans la vieille ville de Leh, où des maisons blanchies à la chaux se penchent les unes vers les autres et où les drapeaux de prière pâlissent au vent. C’est boire plus d’eau que vous ne pensez en avoir besoin. C’est refuser l’impulsion d’en faire trop, trop vite. Ceux qui commencent ainsi découvrent souvent que les « treks faciles au Ladakh » parlent moins de performance que de rythme.
L’entrée en douceur : la Sham Valley et l’art du baby trek

Entre Likir et Temisgam : des villages avant le vertige
Le trek de la Sham Valley est souvent présenté comme le « baby trek », une expression qui peut paraître condescendante jusqu’au moment où vous vous tenez à l’aube dans le village de Likir et que vous regardez la lumière glisser sur les champs d’orge. Le sentier de Likir à Yangthang, puis vers Hemis Shukpachan et Temisgam, se déroule sans drame brutal. Les journées sont d’une longueur modérée — quatre à cinq heures de marche — sur des cols qui dépassent rarement 3 800 mètres. Pour des marcheurs qui découvrent l’Himalaya, cette différence compte.
Le terrain est ouvert et lisible. Les chemins sont tracés par les bergers et les écoliers. Des stupas blancs marquent les tournants. Des abricotiers se penchent au-dessus des murs de pierre. À Hemis Shukpachan, les homestays remplacent les tentes. Vous entrez dans une cour, et l’on vous montre une petite chambre où d’épais couvertures sont pliées en piles géométriques. La cuisine sent le cumin et la fumée de bois. Le dîner est simple : des lentilles, du riz, parfois des légumes sautés du jardin familial. Ces détails ancrent l’expérience plus solidement que n’importe quelle statistique d’altitude.
Pour des marcheurs européens habitués aux refuges alpins, la Sham offre une forme de familiarité sans imitation. Il n’y a pas de téléphériques, pas de pistes balisées. À la place : des conversations dans des cuisines basses et le travail discret des canaux d’irrigation qui guident l’eau glaciaire vers les champs. L’itinéraire est assez proche de Leh pour qu’une évacuation soit possible si nécessaire, et pourtant assez loin pour donner le sentiment du départ. Il reste l’un des meilleurs treks pour débutants au Ladakh non pas parce qu’il est sans effort, mais parce qu’il présente le plateau sans intimidation.
Apprendre le rythme du plateau
Le deuxième ou le troisième jour, quelque chose bascule. Le corps commence à mesurer la distance autrement. Vous remarquez la texture du sol sous vos pas — poussière fine sur les portions exposées, pierres arrondies sur les pentes, terre tassée près des villages. Les coups de soleil deviennent une préoccupation pratique. Le baume à lèvres aussi. Ce ne sont pas des détails romantiques, mais ils sont vrais.
Hydratation, allure, départs tôt : ce sont de petites disciplines qui définissent la réussite ici. Les guides suggèrent souvent de partir avant que le soleil ne devienne tranchant. En fin de matinée, la lumière se fait métallique et écrase les couleurs. La marche ralentit. Vous commencez à comprendre que « le trekking facile pour débutants au Ladakh » parle moins de facilité que de respect des conditions.
Près de Leh, près de la confiance : de Spituk à Matho, et Stok La sans drame

Des marches du monastère au col de montagne
Aux portes de Leh, l’itinéraire Spituk–Matho propose une autre initiation accessible. Il commence près du monastère de Spituk, où les chants du matin traversent la vallée de l’Indus. Le sentier monte progressivement vers des paysages du parc national de Hemis — vastes pentes ocre, végétation rare, et parfois des bharals (moutons bleus) qui avancent sur des lignes de crête lointaines.
Le col sur cet itinéraire ne demande pas de technique. Il demande de la régularité. La montée est continue mais gérable. Au sommet, la vue est plus vaste que vertigineuse : des plis de terre s’étirent vers le village de Matho. En descendant vers Matho, le sentier se resserre brièvement avant de s’ouvrir à nouveau près des champs cultivés. Vous traversez de petits ponts en bois et des canaux d’irrigation. Le contraste entre le silence du monastère et l’activité du village est immédiat.
Pour les voyageurs au temps compté, ces treks courts autour de Leh ont un double rôle. Ils aident l’acclimatation et construisent la confiance. Un premier col himalayen — sans glace, sans exposition — peut réajuster les attentes. Il prouve que le trekking en haute altitude en Inde n’est pas réservé aux alpinistes.
Un premier col, une première vue
Stok La, souvent associé à Spituk, a la réputation d’être une étape. Le sentier grimpe par des ravines poussiéreuses et des blocs épars avant d’atteindre la selle. Des drapeaux de prière, usés et effilochés, marquent la crête. Par temps clair, la chaîne de Stok dévoile des arêtes nettes, mais le col lui-même reste abordable.
Il n’y a pas de registre de sommet, pas de plaque cérémonielle. Les marcheurs s’arrêtent, boivent, ajustent leurs sacs. Cette simplicité est instructive. Pour ceux qui envisagent des itinéraires plus longs, comme le trek de la vallée de Markha, Stok La peut servir de répétition. Il apprend à gérer le souffle sur une montée soutenue et à descendre avec soin sur un terrain instable.
Monastères et Moonland : les routes de Lamayuru pour les marcheurs curieux
De Lamayuru à Alchi : l’ancien sentier des monastères

Lamayuru apparaît presque d’un coup, son monastère posé au-dessus de formations érodées souvent décrites comme un « paysage lunaire ». Le sol, pâle et friable, est sculpté en arêtes et ravines par des siècles de vent. Commencer un trek ici, c’est comme entrer dans une archive géologique.
L’itinéraire Lamayuru–Alchi traverse de petits hameaux et franchit des cols modérés comme Tar La. Les journées sont plus longues que dans la Sham, et le terrain plus varié. Vous pouvez croiser des camps de bergers, leurs tentes noires maintenues par des pierres. Les points d’eau sont moins fréquents ; remplir ses gourdes à des ruisseaux clairs devient une routine mesurée.
À Alchi, les fresques anciennes du monastère offrent un contrepoint silencieux au sentier ouvert. Les visiteurs européens y reconnaissent souvent des échos stylistiques de l’art d’Asie centrale, rappel des routes commerciales d’autrefois. Comme trek modéré au Ladakh, cet itinéraire convient aux débutants déjà acclimatés, qui cherchent une immersion plus profonde.
De Lamayuru à Chilling : quand le sentier se resserre puis s’ouvre
La variante Lamayuru–Chilling conduit vers la rivière Zanskar. Les parois du canyon s’élèvent plus haut, posant de l’ombre en fin d’après-midi. Les sentiers se rétrécissent brièvement avant de s’élargir sur des terrasses près des villages. À Chilling, le travail du métal demeure un artisanat local ; le son du marteau sur le métal traverse les cours.
On décrit souvent cette route comme facile à modérée. C’est exact si on l’aborde avec préparation. Les altitudes des cols restent gérables, mais le sentiment d’éloignement augmente. Pour ceux qui se renseignent sur les treks faciles pour débutants au Ladakh, c’est souvent là que le mot « débutant » devient relatif. Avec une acclimatation suffisante et un encadrement compétent, l’itinéraire reste accessible.
Vallée de Markha : quand un trek débutant devient une épreuve silencieuse
Rivières, ponts et patience de la distance

Le trek de la vallée de Markha est souvent qualifié de non technique et, pour cette raison, jugé adapté à une première expérience. C’est vrai, mais incomplet. L’itinéraire s’étire sur plusieurs jours, franchissant des ponts de bois, des rivières peu profondes, et des cols élevés comme Kongmaru La. L’altitude monte de manière progressive mais constante.
Des villages comme Umlung et Hankar ponctuent la marche. Les enfants courent devant sur le sentier. Des ânes transportent des provisions entre les hameaux. Les homestays proposent des matelas épais et des bols de thukpa. Le paysage glisse de plaines larges et ouvertes vers des gorges plus serrées où les falaises se rapprochent du chemin.
Les traversées de rivière demandent de l’attention plutôt que du courage. L’eau peut être glaciale au début de l’été, plus forte après la pluie. Les guides conseillent souvent de traverser tôt dans la journée, quand le niveau est plus bas. Les détails pratiques comptent : des sandales qui tiennent, des chaussettes sèches, de la patience. Au fil du trek, on comprend que l’endurance dans l’Himalaya est cumulative. La difficulté tient à la répétition — montées quotidiennes, descentes quotidiennes — plus qu’à un obstacle unique.
Ce que le corps apprend dans le vent de Markha
Au quatrième ou au cinquième jour, le corps s’installe dans la routine. Vous vous réveillez avant le lever du soleil. Le thé arrive dans des tasses en métal. Les sacs semblent plus légers que le premier matin, même si rien n’a été retiré ; c’est le portage qui a changé. Le trek de la vallée de Markha pour débutants est faisable précisément parce qu’il n’exige aucune compétence spécialisée. Ce qu’il demande, c’est de la constance.
On soigne les ampoules avec du ruban. On applique la crème solaire en couches attentives. Les conversations avec les autres marcheurs deviennent plus calmes, moins démonstratives. La vallée s’élargit à nouveau près de la fin, révélant des névés lointains. C’est là que beaucoup de visiteurs, pour la première fois, comprennent qu’ils ont franchi un seuil — non pas vers la maîtrise, mais vers la familiarité.
Nubra et les anciens chemins de commerce
Par le Lasermo La vers Hunder

Le trek de la vallée de Nubra, en franchissant Lasermo La vers Hunder, s’éloigne davantage de Leh et s’enfonce dans un terrain de haute altitude. Le col dépasse 5 000 mètres, ce qui le place au-delà des itinéraires les plus simples. Pourtant, en été, il reste non technique et accessible à des débutants bien acclimatés, accompagnés de guides expérimentés.
L’approche est progressive, passant par Phyang et de plus petites localités où les canaux d’irrigation tracent des lignes étroites dans la terre sèche. À mesure que l’altitude augmente, la végétation se raréfie. Des plaques de neige peuvent subsister près du col même en juillet. La descente vers Nubra révèle un autre paysage — des dunes de sable près de Hunder, des chameaux de Bactriane au repos au loin, des rivières tressées qui reflètent la lumière de l’après-midi.
Ce n’est plus une marche courte d’acclimatation. C’est un engagement sur plusieurs jours. Mais pour des marcheurs européens qui ont construit leur confiance sur la Sham ou sur les routes de Spituk, Nubra offre une continuité. Les voies commerciales qui reliaient autrefois le Ladakh à l’Asie centrale restent visibles par fragments : des cairns, de vieux sentiers, des histoires portées par les conversations au village.
Choisir le bon premier pas
Distance, altitude et saison
Tous les treks faciles pour débutants au Ladakh ne se valent pas. Les durées vont de trois à huit jours. L’altitude maximale varie fortement. La meilleure période pour marcher au Ladakh se situe généralement entre juin et septembre, lorsque les cols élevés sont libres de neige et que les homestays ouvrent leurs portes.
Pour ceux qui arrivent d’Europe, le choix dépend souvent du temps disponible et de la préparation. Un itinéraire de trois ou quatre jours, comme la Sham ou Spituk–Matho, laisse de la place pour comprendre l’altitude. Des parcours plus longs, comme Markha ou Nubra, demandent un calendrier d’acclimatation plus délibéré à Leh — deux ou trois jours au minimum avant le départ.
Les guides et les porteurs locaux ne sont pas des luxes ; ils font partie de la culture du trekking dans la région. Leur connaissance des points d’eau, des changements de météo, et des réseaux de villages réduit l’incertitude. La structure pratique — homestays organisés, déjeuners préparés, transferts jusqu’aux départs de sentier — permet de se concentrer sur la marche plutôt que sur la logistique.
Le dernier soir d’un premier trek, que ce soit à Temisgam, à Hankar ou à Hunder, il y a presque toujours une cour, une table basse et un ciel qui s’assombrit vite après le coucher du soleil. L’air se refroidit sans avertir. Quelqu’un apporte du thé. Les chaussures sont posées près de la porte. Les montagnes, elles, n’ont pas changé — mais le marcheur, lui, a ralenti. C’est cela, plus que n’importe quelle statistique, qui définit un premier pas dans l’Himalaya.
Sidonie Morel est la voix narrative de Life on the Planet Ladakh,
un collectif de récit qui explore le silence, la culture et la résilience de la vie himalayenne.
